samedi 20 mai 2017

Austerlitz

Porte de la Chapelle, il me demande où se trouve la place d’Austerlitz.
Je ne sais pas, lui dis-je, est-ce que ça a un rapport avec la gare d’Austerlitz?
Non, c'est au bord de la Seine, il y a un café qui s'appelle la Rotonde.
Je réponds que je connais un café qui s'appelle la Rotonde mais que ce n'est pas du tout dans ce quartier, que la Seine ne coule pas dans le coin et que l'eau la plus proche c'est le Canal Saint-Martin dont je lui indique la direction.
Il me dit, non c'est la Seine, ça doit être dans la direction opposée; et il part derechef en direction de Barbés. A mon avis, il n'est pas prêt de trouver la Seine!

C'est échange m'a semblé tellement étrange que j'ai pensé que c'était un fou. Du coup j'ai cherché sur google pour savoir s'il connaissait une place d’Austerlitz à Paris, il n'en connait pas. Par contre je connais une Rotonde place Stalingrad qui donne sur le bassin de la Villette...???

mardi 25 avril 2017

Gavin

Comme tous les étudiants qui ont passé une année à l'étranger dans le cadre de leur cursus universitaire, j'ai dans ma mémoire le nom d'un amant anglais. J'étais assistant de français dans une école de Warrington, et un soir j'avais osé prendre le train seul pour aller à la grande ville voisine, Manchester, et jétais entré dans un bar de Canal Street. Je ne connaissais personne, c'était la première fois que je rentrais dans un bar homo.

Les choses se sont faites assez naturellement, avec une simplicité qui aujourd'hui, vingt cinq ans plus tard, me laisse pantois. Je crois qu'on appelle ça un coup de foudre. On s'est vu à travers la foule, il l'a traversé pour me proposer de danser avec lui, j'ai accepté. Le reste de la soirée est passée comme un rêve, nous ne sommes plus quittés, et quand l'heure du dernier train pour rentrer chez moi est arrivé, il a pris le train avec moi pour Warrington. Je crois bien que c'était la première fois que je ramenais quelqu'un à la maison, dans mon lit.

Le lendemain ni lui ni moi n'avions été travailler pour pouvoir rester plus longtemps ensemble. On était sorti pour aller à la cabine téléphonique de la résidence, j'avais appelé l'école en disant que j'avais une indigestion suite à un fish & curry trop épicé, il avait fait de même. Je n'avais jamais fait ça de toute ma vie, je n'avais jamais menti avec autant de désinvolture. A partir de ce jour là nous nous étions vu très régulièrement, je l'avais présenté à tous mes amis, nous étions devenus inséparables.

J'ai de très beaux souvenirs de cet amour qui pourtant n'a duré que quelques mois. Gavin jouait du violon dans un orchestre de Manchester, il avait une culture classique qui me convenait parfaitement et ce goût musical partagé a beaucoup joué dans notre bonheur.

Je me souviens de la mort d'Isolde du Tristan et Isolde de Wagner interprétée par Helga Dernesch avec Herbert von Karajan à la direction. C'est un souvenir heureux. Je suis allongé sur la moquette de mon appartement à Warrington, Gavin est allongé à mes côtés, nous avons les yeux fermés, et nous écoutons Isolde mourir en se tenant la main. C'est un ouragan, un déferlement, des vagues qui s'écrasent sur la grève en longs rouleaux, puis la musique s'amenuise indéfiniment, avec parfois des sursauts d'énergie. Un instance moment de bonheur.

Je me souviens de la Pavane pour une infante défunte de Ravel, moins pour la musique que pour la façon que je trouvais adorable qu'il avait d'en prononcer le titre. Prononcer infante défunte est un véritable challenge pour un anglophone, ce sont des sons qui n'existent pas en anglais.

Il jouait de la guitare aussi, et il aimait me jouer Knockin' on Heaven's Door, c'était un peu notre chanson. Aujourd'hui encore, quand j'entends cette chanson, je pense à lui, à ce printemps anglais où j'étais amoureux. Il y a beaucoup de nostalgie dans cette pensée, parce que je suis incapable maintenant, à quarante-huit ans, de m'imaginer amoureux comme je l'étais alors. On n'a qu'une seule jeunesse, on ne peut pas rejouer les mêmes morceaux ad repetitam. Je suis content d'avoir vécu cette passion.

dimanche 23 avril 2017

Marathon de Paris 2017

Ça faisait quelques années que je n'avais pas couru un marathon. Le dernier c'était en 2012. Mon grand problème avec cette distance, c'est qu'il y a toujours un moment où je commence à trouver ça monotone, où je me demande pourquoi je cours. En fait, même si le physique a son importance, c'est surtout au mental que ça se joue pour moi. Il m'est difficile de rester motivé aussi longtemps. En m'inscrivant sur celui de Paris, je me suis dit qu'au moins il y aurait toujours des spectateurs sur le côté, que je ne me retrouverais pas en pleine campagne suivi du regard placide d'une vache qui se demande ce que je fais là. Je savais que je trouverais la volonté d'aller jusqu'au bout.

Le départ s'est bien passé. J'étais dans le sas des 3h45 avec pour objectif de faire une course tranquille à l'allure de 5 minutes au kilomètre en me laissant la possibilité de déborder un peu. J'ai fait les 5 premiers kilomètres en 26 minutes 18, un tantinet un peu lent, mais il y a eu une petite pause pipi sur le premier kilomètre (le syndrome du coureur sur la piste de départ). 25 minutes 35 pour les 5 kilomètres suivants, puis 25 minutes 31 pour les 5 d'après, l'allure est raisonnable et maîtrisée.

26 minutes 32 pour les 5 kilomètres d'après, et je suis passé au semi-marathon en 1h 50, ce qui me convenait parfaitement. 27 minutes 18, un petit fléchissement mais ça restait acceptable. C'est après que les choses ont été moins bien. Au 28ème kilomètre je me suis arrêté au ravitaillement le temps de boire, et en redémarrant j'ai senti qu'il y avait un problème à ma cheville gauche. J'ai continué, mais à chaque fois que je posais le pied j'avais un point de douleur sur l'avant du tibia. Ça me paraissait un peu absurde d'avoir mal à un os et pas à un muscle ou un ligament, j'ai continué. En fait quand le corps est chaud on ne se rend pas tout à fait compte de la douleur, même si elle est bien présente et qu'on le sait. Par contre j'allais moins vite.

Et puis j'ai commencé à trouver qu'il faisait chaud. C'est ballot, mais le seul jour de la semaine où il a fait beau, c'est le jour du marathon de Paris. Les éponges sur le côté était appréciées, ainsi que les jets d'eau des citernes des pompiers. Cependant je dois avouer un grand moment de solitude au kilomètre 39, une grosse envie d'abandonner. Mais bon, il ne restait plus grand chose, le plus gros était déjà fait. Je suis passé au kilomètre 40 en 3h 48 et je me suis dit qu'il était encore possible de terminer en dessous de la barre des 4 heures.

Je me suis forcé, j'ai accéléré un peu, mais c'était pénible. Ma montre avançait, moi moins. Désespéré, j'ai piqué un sprint sur les derniers 100 mètres, mais ça n'a pas suffit pour être en dessous des 4 heures. C'est idiot, je les rate à peu de choses près, juste quelques secondes, je termine ce marathon en 4 heures 0 minute 58 secondes.

C'est après qu'a commencé la véritable épreuve. Je ne me suis pas attardé sur l'aire d'arrivée, j'ai récupéré mon sac et ai pris le métro pour rentrer. Mais mon corps a trouvé le temps de se refroidir, les derniers mètres entre la sortie du métro et la porte de mon appartement ont été les pires. Et c'est en arrivant chez moi et en enlevant mes chaussures que j'ai remarqué que ma cheville gauche avait doublé de volume. C'est en enlevant mon short de course que j'ai apprécié l'effet des frottements répétés et constaté que j'avais pratiquement les fesses en sang. Bref, je me suis allongé et j'ai dormi, évitant de trop remuer pour minimiser les cris de douleur.

Ma cheville a mis quelques temps à dégonfler, exit le sport pour la semaine suivante, je me suis contenté d'aller à la piscine.

Statistiques de ce marathon du dimanche 9 avril. Je finis 16015ème sur 42443 au classement général, 14219ème sur 32104 au classement homme, 5006ème sur 10667 dans ma tranche d'âge. A refaire?

vendredi 21 avril 2017

Corporate

Un film qui raconte les rouages macabres d'une entreprise qui ne licencie pas parce que ce n'est pas bien pour son image (le poids de la cotation en Bourse) mais qui met en place un système pour pousser à bout certains employés dans le but qu'ils donnent leur démission d'eux-mêmes. Sauf que parfois ce système ne réussit pas comme il voudrait, il arrive des accidents, des gens qui se suicident. Bien sûr dans ces cas-là l'entreprise fera tout pour garder son image propre, et même si le suicide a lieu sur le lieu du travail on ira te faire croire que ça n'a pas de rapport avec le travail, que le suicidé avait des problèmes personnels.

J'ai été très touché par ce film, dont il m'est difficile d'occulter l'impact vu que je travaille dans ce genre de grande entreprise cotée en Bourse où on ne licencie pas. Les méthodes qui y sont décrites ne me sont pas étrangères. Je recommande vivement ce film à tous les gens qui ont encore de l'humanité dans le cœur, surtout en cette période élective où certains candidats proposent de revoir le Code du Travail. Un film avec une conscience humaine, un film avec une conscience politique. Je ne connaissais pas l'actrice principale, Céline Sallette, je l'ai trouvée bluffante.