samedi 30 décembre 2017

2017, Paris

Il y a un an j'écrivais:
"En 2016 Paris et tout le pays était en état d'urgence toute l'année. Si ça avait été un pays africain ou du moyen-orient toutes les instances internationales s'en seraient ému, mais quand c'est la France ça ne choque personne. Je n'accepte pas cet état d'urgence permanent, je n'accepte pas cette lente et progressive privation de liberté. Et s'il y a des benêts qui me conseillent d'aller vivre sous une dictature en pensant qu'eux vivent dans une démocratie, qu'ils gardent leur conseil pour eux, ils perdent leur temps. Je suis tout à fait conscient de ne pas vivre dans une démocratie mais dans un pays gouverné par des gens que le peuple n'a pas choisi, des gens qui se sont choisis entre eux, dans un petit groupe qui s'auto-reproduit et crée des lois pour se protéger et se bien porter. Quand on me dit que la lutte des classes c'est du passé, j'ai juste envie d'éclater de rire. Pour le président du Medef la lutte des classes c'est bien du présent, et quand on te fera travailler jusqu'à ce que tu meures pour le bénéfice de ces gens qui ne travaillent pas, tu comprendras peut-être."

En 2017 ce que j'avais écrit pour l'année précédente était toujours valable. Nous avons été en état d'urgence permanente, nous sommes un état policier, et le nouveau président élu a décidé de faire passer cet état d'urgence permanent dans la loi. Aux pays des droits de l'homme et des libertés, personne n'y a rien trouvé à redire. Je n'ai pas besoin d'aller vivre ailleurs pour me rendre compte que je ne vis pas dans une démocratie. D'ailleurs l'élection du nouveau président en est une preuve flagrante; la majorité des français n'ont pas voté pour lui, et pourtant c'est notre président. Comment accepter ça?

Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas voté au deuxième tour de l'élection présidentielle. Ni Marine ni Macron ne me semblait incarner un futur positif. Je savais que Macron allait continuer à détruire le pacte républicain dans la continuité d'un Sarkozy ou d'un Hollande, il n'était pas envisageable que je vote pour lui. Il n'était pas envisageable non plus que je vote pour Marine même si intérieurement je souhaitais sa victoire pour que les gens enfin descendent dans la rue et remettent le système en cause. Parfois il faut savoir crever l'abcès, même si ça fait mal. Mais les votants ont docilement fait ce que leur disait la propagande journalistique, Macron a été élu. Je m'étais réfugié en Espagne ce week-end maudit, loin sur mon île enchantée à l'abri du bruit des médias. Il a été élu, et il mène la politique pitoyable à laquelle on pouvait s'attendre. Grace à lui les pauvres seront encore plus pauvres et les riches encore plus riches, et bien que les pauvres soient nettement plus nombreux que les riches et aient la possibilité de changer ce cours nauséabond, rien ne se passera et ils accepteront d'être encore plus pauvres. Au nom de quoi? On se le demande. La lutte des classes? Elle est toujours d'actualité pour les nantis qui se voient contraints de manger des pâtes en gagnant 5000 euros par mois. Et les pauvres qui se font insultés quotidiennement par ce gouvernement de millionnaires qui les foulent au pied se contentent de se taire, ils ont abdiqués, ils acceptent la tonte. 

Il y a un an j'écrivais:
"En 2016 la police a découvert encore plus son vrai visage, celui d'une force au service du puissant et qui aide à écraser le faible. Les policiers se sont offusqués qu'on ne les aime pas? Moi je l'affirme, je n'aime pas cette police. Je n'aime pas la brutalité. Je n'aime pas l'obéissance aveugle. Quand une personne meurt entre les mains de la police, je trouve ça inacceptable. Quand un policier frappe un innocent maintenu par ses collègues, je ne trouve pas ça acceptable. Quand un policier m'arrête pour me demander où j'ai acheté mon vélo, je ne trouve pas ça acceptable. Quand un policier confisque le moyen de subsistance d'un homme qui vend des marrons au coin d'une rue ou du persil sur un coin de marché, je ne trouve pas ça acceptable. Quand un policier confisque la tente et les couvertures d'un sans-abri sur la voie publique, je ne trouve pas ça acceptable. Je n'ai aucune raison d'aimer cette police."

En 2017 je crois que la situation a encore empiré. Faut-il vous rappeler l'horrible affaire Théo? Avez-vous entendu parlé d'Adama? Vous vous souvenez de cet asiatique qu'on a abattu chez lui après avoir défoncé sa porte parce qu'il avait un couteau de cuisine à la main? La liste est longue... En 2017 une vingtaine de décès ont eu lieu entre les mains des forces de l'ordre; comment expliquer ça, comment l'accepter? Je ne l'accepte pas. Je condamne les attaques sur les forces de l'ordre, mais je condamne tout autant les attaques perpétrées par les forces de l'ordre.

Quant à la chasse aux pauvres, au harcèlement des migrants, à la persécution des roms, ils me répugnent d'une façon inimaginable. Avec Sarkozy on pensait avoir touché le fond, mais non. On l'a viré; on a eu un Manuel Valls ensuite qui a enchaîné dans la même veine. Quand on en a eu l'occasion aux primaires de la gauche socialiste, on l'a viré aussi. Qu'importe, aujourd'hui on a trouvé quelqu'un d'autre pour être encore plus agressif dans la chasse à l'étranger, quelqu'un qui ose se plaindre d'en avoir marre de passer pour le facho de service. Parce qu'en plus ces gens là, il faudrait les aimer? Des gens capables d'instaurer des règles et des lois pour persécuter les autres ne méritent que l'opprobre et le dégoût.

Il y a un an j'écrivais:
"La pauvreté aussi me monte souvent les larmes aux yeux. Il n'est pas possible de faire cent mètres sans qu'une personne ne vous demande une petite pièce ou de quoi manger. J'ai honte de vivre dans un pays aussi riche mais où on trouve normal de laisser des gens crever à la rue. Le capitalisme et l'individualisme me répugnent. En ce moment on fait semblant de découvrir qu'il fait froid et qu'il y a des gens dehors, on regorge de logements vides et de bâtiments inoccupés, mais non, on préfère laisser les gens dehors, on dit qu'on n'y peut rien s'il n'y a pas de la place pour tout le monde. Ce n'est pas simplement de l'hypocrisie ou du mensonge, c'est du meurtre, de l'assassinat. Les gens qui organisent cette pauvreté sont des assassins."

Je crois que vous n'avez pas besoin de moi pour savoir que la pauvreté a encore augmenté en France en 2017. La petite pièce de cinquante centimes ou un euro que je mets quotidiennement dans ma poche trouve toujours preneur malheureusement. La honte de vivre dans un pays aussi riche et avec autant de pauvres ne me quitte plus, je n'éprouve aucune fierté à être français. Quand on voit que des municipalités transportent des pierres sous les ponts pour éviter que les sans-abris s'y protègent de la pluie, quand on voit les gens installer des pics sur le sol devant chez eux de peur qu'un pauvre dorme près de leur porte, quand on voit qu'on installe des barrières sur les bouches de métro pour éviter que les gens ne s'y réchauffent, quand on voit qu'on invente des bancs inclinés pour être certain que personne ne s'y allonge, quand on voit que les forces de l'ordre volent les couvertures des pauvres, lacèrent les tentes pour les rendre inutilisables, arrachent les cartons qui pourraient servir à s'isoler du froid, comment peut-on ne pas avoir un profond dégoût pour les gens qui autorisent ça? Comment peut-on accepter l'ignominie d'un ministre qui te dit que si les gens dorment dehors, c'est parce qu'ils le veulent bien?

Je ne vais pas m'étendre non plus sur le racisme et l'islamophobie qui gangrènent notre société, soigneusement entretenus par les gens qui nous gouvernent. Je ne vais pas non plus revenir sur les manipulations journalistiques qui font que les médias sont devenus des outils de propagande plus que d'information, tout le monde sait qu'ils appartiennent à une poignée de millionnaires qui ne cachent par leurs préférences politiques.

En résumé, 2017 n'a pas été une année que j'ai aimée, mais une année où j'ai eu régulièrement besoin de fuir mon pays. Heureusement l'Espagne est proche. Heureusement il y a la natation et ces moments où, comme l'autruche qui met la tête dans le sable pour ne pas voir, je mets la tête sous l'eau et deviens sourd au bruit du monde. L'espace d'un instant je me lave de ces horreurs et me purifie, mais ces instants sont toujours trop courts.

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