mardi 28 novembre 2017

Marvin

J'avais détesté le livre d'Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, savoir que c'en était une adaptation libre ne me donnait pas vraiment envie d'aller le voir. Mais le nom d'Anne Fontaine en réalisatrice était un point attractif. J'ai été voir le film. Et j'ai aimé!

L'histoire d'un enfant différent des autres, qui ne sait pas qu'il est homosexuel puisqu'il ne sait pas ce que c'est, mais que ses camarades de classe affublent de cette étiquette stigmatisante. A la maison, ce n'est guère mieux, il est issus d'un milieu social très rustre où il fait tâche. Mais il y a le théâtre qui rentre dans sa vie, quelque chose de différent qui le pousse vers le haut et le sort de cette identité qui est son quotidien. Puis la montée vers la capitale, le début d'une autre vie.

Dans le film, on évite la haine détestable du passé qui avilissait le livre, le désir de revanche et de négation de ces origines. Le père est un personnage qui arrive à nous émouvoir, ce qui n'était pas imaginable dans le roman. Il y a dans le film une humanité qui faisait cruellement défaut au livre.

Au départ, la grandiloquence des soliloques du jeune héros peut refroidir le spectateur. Le côté théâtral un peu trop appuyé éloigne un peu l'empathie du spectateur; le personnage principal, Marvin, n'est pas quelqu'un qu'on apprécie vraiment. Replié sur lui, intériorisé, il ne livre pas facilement accès à la sympathie. A côté de lui il y a Isabelle Huppert qui joue son propre rôle, mais ça fait longtemps qu'elle ne fait que ça, jouer le même rôle qui n'en est plus un, et la dernière séquence où ils sont tous les deux sur scène est un peu à jeter. Et puis il y a aussi le cliché du jeune qui quitte sa province et qui finalement réussit par son cul, ce qui est tout de même un peu détestable.

Pourquoi j'ai aimé alors? Il y a une humanité dans ce film, une bonté qui efface la haine, une vérité sous-jacente, certains moments m'ont porté les larmes aux yeux.
Quand le professeur de théâtre interprété par Vincent Macaigne nous parle du rejet de l'homosexuel qui rentre chez lui et qui ne trouve aucun réconfort, c'est forcément uns situation que beaucoup d'homo peuvent comprendre. Les gens de ma génération, les gens qui ont connu une période pas si lointaine où l'homosexualité était encore pénalisée, savent ce qu'est ce sentiment de toujours devoir être sur ses gardes sans aucun refuge possible, sans havre où se reposer. J'ai beaucoup aimé le rôle de ce professeur de théâtre qui vit un peu dans un verbiage permanent pour cacher ses émotions internes mais qui a le cœur sur la main et a choisi de toujours essayer de voir le bon côté des choses. 
J'ai aussi beaucoup aimé la proviseure interprétée par Catherine Mouchet qui, tout en gardant la distance que lui impose sa fonction, arrive à nous faire partager sa bonté éducative, son envie de voir ses élèves s'accomplir. 
Dans une autre mesure, j'ai aussi apprécié le rôle du père interprété par Grégory Gadebois qui malgré sa carapace de rustre accompli arrive à nous faire comprendre qu'il n'est pas un si mauvais bougre après tout. C'est une relation père-fils qui m'a ému, là où il aurait facilement pu ne pas avoir de relation du tout.

Au final, malgré quelques réserves, c'est un film à voir. Je suis content de voir ce genre de cinéma sur des écrans grand-public.


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