samedi 14 mai 2016

Pleine lune (suite)

"Merde!", hurle l'un des protagonistes, "j'me suis foutu une balle dans la cuisse.
- Ah mais quel boulet çui-là, quel dommage que tu t'la sois pas pris ailleurs, on s'rait débarrassé.
- Tu veux dire quoi là? Tu veux t'débarrasser de moi? Tu oublies que c'est moi qui vous ai mis sur le coup
- Ouaih, parce que t'avais pas les couilles de l'faire tout seul, t'es un poltron, t'as rien dans le froc
- Oh les gars, ça suffit vos conneries maintenant", gueule une troisième voix, 'on s'casse, on réglera ça plus tard. Tony, Paul, vous l'aidez à retourner à la voiture. Kevin et moi on retourne au corps, il nous faut la clé. Et vous fermez vos gueules!"

Le silence à nouveau. Les hommes se sont éloignés. Je ne bouge pas, je ne bouge plus, figé de terreur. Cinq ils étaient. Et armés. Attendre. Attendre d'être certain qu'ils soient partis, qu'ils soient loin.

Enfin le silence se brise, se ponctue de petits crissements, de petits bruissements, de feuilles qui remuent. La forêt se remet à vivre, la vie nocturne reprend. Tout engourdi, je me relève prudemment. Combien de temps est passé? Je regarde ma montre: trois heures vingt. Me serais-je endormi? Le sang circule à nouveau dans mes jambes, dans mes bras. Je me dirige prudemment vers l'orée du bois, vers la civilisation, encore peu rassuré, encore sur mes gardes. La progression est longue, le moindre bruit m'inquiète, m’immobilise.

Au loin entre les arbres, une clarté différente m'annonce la sortie du bois, la fin du cauchemar, je vais pouvoir rentrer chez moi, me réchauffer. Ils ne m'ont pas vu, ils ne savent pas qui je suis, je ne risque rien. Je suis à la lisière maintenant, quand un tissus blanc rendu éclatant par la pâleur de la lune ronde attire mon regard sur une masse informe. Qu'est-ce?

Je m'approche lentement, encore incertain. A chaque pas la masse informe prend du relief. Je comprends qu'il s'agit d'un homme et porte ma main sur ma bouche pour réprimer le cri qui allait en sortir. Je tremble sur place et réprime avec peine les sons qui sortent de ma bouche. C'est un homme, oui. Un homme corpulent en costume dont la blancheur de la chemise est inondée d'une tâche sombre que je devine être du sang. Le corps est distordu, ses jambes ont des inclinaisons étranges, comme un pantin disloqué. Ses yeux sont ouverts, vitreux et froids, me regardent sans me voir. Mes propres jambes flanchent, je m'écroule à terre. Un réflexe me relève et je cours me remettre à l'abris d'un buisson. Que faire?

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